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Ìmolè Salù Iwadi Studio
Atlantic est heureux de présenter Ìmolè, la première exposition de design de Salù Iwadi Studio au Bénin. En yoruba, Ìmolè désigne la radiance spirituelle, la clarté du destin et la présence lumineuse des ancêtres dans le monde des vivants. L’exposition rassemble la collection de lampes Gèlèdé et de tables basse Zangbeto.
La première s’inspire de la tradition yoruba qui honore l’autorité des femmes âgées, gardiennes de la vie et de la communauté. La seconde évoque les esprits gardiens nocturnes des Ogu du Bénin, dont la puissance repose sur ce qu’ils ne dévoilent pas. Ces deux pièces partagent une même conviction, les forces les plus puissantes ne s’annoncent pas, elles se révèlent avec soin.

Collection de Lampes Gèlèdé | © Roberto Tchoko / Sadiath Alimath Agency
Salù Iwadi Studio
Interview par Delphine Bousquet
Dans les cultures africaines, un nom a toujours un sens. Salù Iwadi Studio n’échappe pas à cette règle. Si Salù est une contraction de Sandia Nassila et Toluwalase Rufai, Iwadi signifie « revenir à l’origine des choses » en yoruba. Voilà le manifeste de ce jeune couple de designers, Sandia basée à Dakar, Tolu à Lagos, qui imagine un studio nomade puisant dans l’histoire et la spiritualité africaine pour faire vivre ses cultures à travers le design.
« Nos créations sont à la fois nostalgiques et futuristes. C’est notre but, comprendre d’où nous venons, ce qui nous constitue pour pouvoir regarder devant dans la bonne direction », déclare Tolu Rufai.
Quiconque a croisé des Zangbéto, quiconque a admiré des Gèlèdé comprendra l’impression de déjà-vu et de nouveauté absolue face aux lampes et à la table d’appoint du studio créé en 2023. En 2024, le duo a fait trois séjours au Bénin pour mieux connaître ces masques. Le premier, du peuple Gun, a la forme d’un cône de raphia renversé. Ce « chasseur de nuit » effraie les voleurs, veille sur les villages et joue le rôle de médiateur en cas de conflit, un protecteur et garant de l’ordre communautaire. La tradition Gèlèdé est une des pratiques de la spiritualité yoruba, la seule dirigée par des prêtresses. Elle célèbre le pouvoir des femmes, en particulier des mères, à travers des masques sculptés représentant des visages féminins, yeux en amande et scarifications. Lors des cérémonies, ce sont pourtant des hommes qui les portent et dansent en hommage à celles qui portent le monde. Chez les Yoruba, une même force peut être créatrice ou destructrice. Les rituels orientent cette puissance féminine vers le bien de la communauté. « Nous cherchons à raconter ces réalités avec le design, à raviver ces traditions, à les apporter dans une autre dimension. Pour nous, c’est aussi une exploration de nos héritages, de nos histoires personnelles », confie Sandia. Les designers revendiquent la pluralité des héritages car ils rejettent les barrières, les frontières. Ancrer ces mascarades dans leur cosmogonie oui, mais pour souligner combien les cultures et les croyances africaines sont proches. « Je suis originaire de Madagascar et nous avons le même respect pour les ancêtres, nous honorons nos morts avec des rituels, comme au Bénin ». Le lien entre le visible et l’invisible, la reconnaissance de la puissance des esprits comptent encore. Et ce lien, Salù Iwadi Studio réussit à l’exprimer, à le traduire avec du bois, du cuivre, des formes simples et pourtant recherchées, ce qui confère à ses objets une âme dont beaucoup manquent. Le résultat d’un long travail, que détaille Tolu : « Cela nous a pris plus de 6 mois pour les développer parce que nous comprenons la fragilité, la sensibilité de ses sujets. La modernité permet de montrer que ces masques ne sont pas mystérieux, mystiques, ils font partie de la vie quotidienne, de l’éducation, que ces valeurs se transmettent de génération en génération ».

Salù Iwadi Studio avec la Collection de Lampes Gèlèdé | © Roberto Tchoko / Sadiath Alimath Agency
Sandia Nassila et Toluwalase Rufai sont-ils des passeurs ? S’ils ne se définissent pas en ces termes, ils se sont néanmoins donnés pour mission de porter l’ethos de leurs aïeux. « Nous nous adressons aux jeunes qui adoptent un mode de vie super-occidentalisé pour leur dire qu’on peut vivre avec ces valeurs ancestrales au lieu de s’en détourner. Il faut réinitialiser leurs esprits ! ». Et aussi démontrer que le design est universel. Le couple a été bluffé par le Zangbéto. Et leur pièce rend parfaitement le mouvement typique de ce masque, qui tourne rapidement sur lui-même, faisant voler les fibres de raphia. « C’est le mouvement qui nous a attiré vers lui, d’une part sa façon de bouger, on dirait qu’il flotte, c’est majestueux, et d’autre part la façon dont les hommes se déplacent autour, raconte Tolu. C’est un chef-d’œuvre ! Le design est un langage avec lequel nous Africains nous sommes toujours exprimés, c’est partout autour de nous mais on ne le comprenait peut-être pas parce que ce n’est pas formalisé, normé. Nos ancêtres avaient déjà la maîtrise et nous ne faisons que réinterpréter ». Il y a la conception et il y a le savoir-faire. « Nous utilisons des techniques traditionnelles, souligne Sandia. La table est entièrement fabriquée au Nigéria. Les lampes mêlent l’art des bronziers nigérians aux artisans marocains qui perpétuent des traditions centenaires de travail du bois ».
La collection de lampes Gèlèdé et la table d’appoint Zangbéto sont présentées pour la première fois au Bénin par la galerie Atlantic qui marque ainsi ses débuts dans le design. Cette exposition est vécue comme un moment spécial pour Salù Iwadi Studio. « C’est formidable de les montrer à Paris, à New York mais ici, à Ouidah, c’est un privilège d’honorer ces masques chez eux.».

© Roberto Tchoko / Sadiath Alimath Agency
Collection de Lampes Gèlèdé
Gèlèdé s’inspire de la tradition yoruba qui honore publiquement l’autorité des femmes âgées, ce que la cosmologie yoruba désigne comme le pouvoir des Mères. Il ne s’agit pas d’un sentiment, mais d’une réalité structurelle. On considère que les femmes âgées possèdent une autorité génératrice et régulatrice sur la vie, la fertilité et la continuité communautaire. La tradition du masque met en scène cette autorité à travers la superposition, la dissimulation et la performance. La présence est intensifiée, et non diminuée, par le voile.

© Roberto Tchoko / Sadiath Alimath Agency

© Roberto Tchoko / Sadiath Alimath Agency

© Roberto Tchoko / Sadiath Alimath Agency
Table d’appoint Zangbeto
Zangbeto s’inspire des traditions du peuple Ogu de la République du Bénin. Les Zangbeto sont des esprits gardiens nocturnes dont les formes coniques en raphia se déplacent dans l’obscurité, patrouillant les communautés et servant de médiateursentre les mondes physique et spirituel. Ils ne révèlent pas ce qu’ils renferment. Leur autorité réside précisément dans ce mystère, dans la charge contenue au sein de cette forme tournoyante à laquelle aucun observateur ne peut pleinement accéder.

Salù Iwadi Studio, Zangbeto Side Table, 2025, Iroko wood (Neutral), 70 x 54 x 54 cm



© Roberto Tchoko / Sadiath Alimath Agency









































































































































































































































